Éditorial - En Église XXXIV - 26 mars 2007
Moines et moniales du Coeur de Jésus
J'ai approuvé, en décembre 2006, le nouveau nom des Fraternités monastiques du boulevard Saint Jean-Baptiste à Chicoutimi, que j'ai reconnues pastoralement le 2 février 2006. Les Moines et Moniales de Jésus-Hostie porteront dorénavant le nom de Moines et Moniales du Cœur de Jésus . Divers facteurs ont joué, le principal étant les éléments de la culture actuelle. En entendant le mot hostie, la plupart des gens pensent d'abord au phénomène des jurons et sacres, qui font hélas partie prenante de notre culture. Pour ceux qui sont plus initiés au mystère chrétien, ils vont penser à l'hostie reçue au moment de la communion, et bien sûr, à la présence réelle de Jésus dans l'Eucharistie.
L'appellation « Jésus Hostie » cherchait à évoquer une dimension fondamentale du mystère de Jésus et de son œuvre de salut : son attitude d'offrande, d'amour, qui a animé toute sa vie et qui constitue son identité radicale de Fils bien aimé du Père, rayonnant l'amour sauveur de Jésus. Son immolation sur la croix est l'expression, dans des circonstances tragiques, de son attitude de Fils qui se donne et s'offre par amour pour que le monde ait la vie. Ce don, cette offrande de lui-même, Jésus l'a réalisé en plénitude dans le mystère eucharistique et dans le mystère de la Croix rédemptrice. « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'au bout » ( Jn 13, 1).
La spiritualité du cœur de Jésus désigne aussi profondément le même mystère d'amour, de miséricorde et de service. « Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et je vous procurerai le repos, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 28- 29). L'amour jailli du cœur de Jésus est la révélation du cœur du Père miséricordieux, Celui qui attend avec amour les enfants prodigues que nous sommes et tue le veau gras pour fêter les retrouvailles de l'enfant perdu et retrouvé. « Il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie; il était perdu et il est retrouvé » (Lc 15,32). C'est du cœur de Jésus qu'est née l'Église et que sont jaillis les sacrements de l'Église, comme l'atteste Jean, contemplant l'eau et le sang jaillis du côté transpercé de Jésus, de son cœur à jamais ouvert pour donner à tous les humains qui s'ouvrent à Lui les fruits de sa victoire pascale.
Il importe de rappeler que la dévotion la plus traditionnelle au Cœur de Jésus implique l'ultime profondeur du cœur humain, la cime de l'âme, le centre le plus profond de l'être dans lequel la personne humaine est en communion vitale avec la Trinité Sainte. C 'est cette profondeur qui a été présentée entre autres par Sainte Marguerite-Marie Alacoque, Saint François de Sales et Saint Jean Eudes. La mission de la communauté est la même, comme je l'exprimais dans mon homélie, lors de l'inauguration de leur monastère, le 8 septembre 2006 :
« Ils seront des témoins de Jésus-eucharistie enthousiastes et engagés dans l'Église et la société (…) comme adorateurs et adoratrices du Christ réellement présent dans le pain eucharistique. Puissent-ils nous rappeler sans cesse qu'il n'y a pas d'Église sans Eucharistie; que, selon la pensée du regretté Jean-Paul II, l'Église naît sans cesse de l'Eucharistie. (…) Comme évêque de ce diocèse, c'est la mission spécifique que je vous confie ».
La spiritualité du Cœur de Jésus et celle de l'Eucharistie sont profondément liées dans la Tradition de l'Église. Lorsqu'en 1921 le pape Benoît XV institua la fête du Cœur eucharistique de Jésus, il s'exprimait ainsi : « Par ce moyen, l'Église veut exciter les fidèles à s'approcher de ce très saint mystère et consumer toujours plus les cœurs des flammes de la charité divine, dont brûlait le Sacré Coeur lorsque dans son amour infini, il institua la très Sainte Eucharistie où ce même divin Cœur les garde et les aime, en vivant et en demeurant avec eux comme ils vivent et demeurent en Lui » (9 novembre 1921).
La devise des Moines et Moniales du Cœur de Jésus, « Aime et tu vivras, aime et tu feras vivre » nous oriente vers tout le dynamisme de la charité chrétienne, du commandement d'amour qui est au cœur de la nouvelle alliance. Puissent les Moines et Moniales du Cœur de Jésus nous aider à redécouvrir qu'il n'y a pas de « présence au monde à la manière de Jésus » sans faire l'expérience spirituelle de la profondeur mystique du cœur-esprit, selon la belle expression de l'Église d'Orient. C'est à cette profondeur du cœur, au sens de la grande Tradition , que l'Esprit nous renouvelle sans cesse : « L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné » ( Rm 5,5). De plus, le regretté Jean-Marie Roger Tillard, dominicain, exprimait dans une conférence, que pour que le christianisme ait un avenir, il lui faudrait ouvrir les dossiers du cœur… C'est dans ces perspectives dynamiques, profondément fidèles à la Tradition de l'Église, pleines d'avenir que j'ai approuvé le changement de nom.
+ André Rivest
Évêque de Chicoutimi